Nous vivons une époque où le développement des entreprises ne peut plus être pensé comme avant. Les annonces autour d’une possible intelligence artificielle générale, capable d’apprendre et de raisonner à un niveau comparable à celui d’un être humain, se multiplient. En parallèle, la métacrise transforme les fondements mêmes de notre économie : changements climatiques, effondrement de la biodiversité, raréfaction des ressources naturelles, surendettement public et privé, tensions géopolitiques et multiplication des conflits.
Dans ce contexte, toutes les activités économiques ne seront pas exposées de la même manière. Pour réfléchir à leur avenir, nous pouvons les regrouper en trois grandes catégories : les activités physiques, les activités hybrides et les activités intellectuelles.
Les activités physiques, comme l’agriculture, la construction ou la fabrication, pourraient devenir encore plus essentielles dans les prochaines décennies. Une grande partie de ces activités demeure difficile à automatiser complètement parce qu’elle s’exerce dans des environnements variables et exige une interaction constante avec le monde physique. Nourrir, loger, fabriquer, transporter, entretenir et réparer resteront des fonctions fondamentales, peu importe l’évolution technologique.
Les activités hybrides, comme la santé, l’éducation, les services communautaires et les services à la personne, combinent savoirs, relations humaines et interventions concrètes. Leur proximité avec les besoins fondamentaux, leur enracinement local et leur dimension relationnelle les rendent généralement moins délocalisables et plus difficiles à automatiser entièrement. Elles jouent également un rôle essentiel dans la cohésion sociale et le fonctionnement de nos collectivités.
Les activités intellectuelles, comme la finance, les services professionnels, certaines fonctions administratives ou les communications, pourraient être davantage exposées à deux pressions simultanées : l’automatisation accélérée par l’IA et la diminution de l’énergie nette disponible pour soutenir une économie toujours plus complexe.
Depuis plusieurs décennies, l’expansion des activités intellectuelles a été rendue possible, entre autres, par une énergie abondante et relativement peu coûteuse. Le taux de retour énergétique, ou TRE, permet de mesurer cette réalité en comparant l’énergie obtenue à l’énergie nécessaire pour la produire. Plus le TRE est élevé, plus une société dispose d’un surplus énergétique important pour soutenir des activités qui dépassent ses besoins fondamentaux. Lorsque ce surplus diminue, les arbitrages économiques deviennent plus importants.
C’est dans ce contexte que nous voyons émerger des produits, des services et des activités que nous qualifions de « Zombies ». Ils semblent encore viables aujourd’hui, parfois même très prometteurs, mais plusieurs tendances lourdes peuvent déjà fragiliser leur utilité, leur rentabilité ou leur capacité à se maintenir d’ici 2040. La progression rapide de l’IA, les contraintes énergétiques, la raréfaction de certaines ressources et les différentes dimensions de la métacrise peuvent accélérer cette trajectoire.
La prospective consiste précisément à regarder au-delà de la performance actuelle pour comprendre ce qui pourrait encore créer de la valeur demain. Une activité rentable aujourd’hui n’est pas nécessairement robuste pour les quinze prochaines années, tout comme une activité actuellement moins valorisée peut devenir stratégique lorsque les conditions changent.
La question devient alors incontournable : votre entreprise, vos produits, vos services et les compétences sur lesquelles ils reposent répondent-ils surtout à une réalité héritée du passé ou à des besoins qui demeureront essentiels demain ? Sont-ils « Zombies » ou véritablement porteurs d’avenir ?




