L’une des différences les plus fascinantes entre la Chine et l’Occident se trouve dans la formation de leurs élites politiques et économiques. Xi Jinping a étudié au Département de génie chimique de l’Université Tsinghua et appartient à une génération issue d’une longue tradition technocratique : en 2002, les neuf membres du Comité permanent du Politburo avaient une formation d’ingénieur.
Cette culture a profondément marqué la manière dont la Chine pense sa puissance. Énergie, infrastructures, usines, technologies, ressources et planification occupent depuis des décennies une place centrale dans sa stratégie, même si la formation de ses dirigeants s’est depuis diversifiée.
Les économies occidentales ont suivi une autre trajectoire. Leurs centres de décision politiques et économiques accordent une place considérable aux économistes, financiers, banquiers, avocats, comptables, consultants et spécialistes des marchés, pendant que la finance prenait une place croissante dans l’économie. Dans les économies avancées, le crédit privé dépassait déjà en moyenne 130 % du PIB en 2013; aux États-Unis, la finance, l’assurance, l’immobilier et la location représentaient plus de 21 % du PIB au premier trimestre de 2025.
Cette hyperfinanciarisation influence profondément notre manière de regarder l’économie. Nous mesurons la création de richesse en dollars, en rendements, en capitalisation boursière et en croissance du PIB, alors que l’économie réelle repose d’abord sur de l’énergie, des matières, des mines, des fermes, des usines, des réseaux, des infrastructures et, ultimement, sur la biosphère.
Pendant plusieurs décennies, la Chine a renforcé ces fondations matérielles. Elle concentre aujourd’hui environ 85 % de la capacité de production de la chaîne solaire, 80 % de celle des batteries lithium-ion et 91 % du raffinage mondial des terres rares utilisées dans les aimants permanents. Ces capacités donnent à la Chine un poids considérable dans plusieurs chaînes d’approvisionnement stratégiques du XXIe siècle.
L’Occident a parallèlement mondialisé ses chaînes de valeur, délocalisé une partie de sa production et consacré une part croissante de ses ressources humaines et financières à l’économie financière. Les salles de marché, banques d’investissement, cabinets d’avocats, firmes comptables, fonds d’investissement et structures financières se sont multipliés pendant qu’une partie des capacités manufacturières migrait vers l’Asie.
La finance joue un rôle essentiel lorsqu’elle dirige le capital vers l’investissement productif. Son expansion devient toutefois une vulnérabilité lorsqu’elle prend davantage d’importance que les capacités physiques qu’elle est censée financer; le FMI souligne d’ailleurs qu’au-delà d’un certain niveau, l’approfondissement financier peut être associé à davantage d’inégalités et à une croissance moins inclusive.
Pour Coboom, la leçon est fondamentale. Une économie robuste se construit avec des compétences, de l’énergie, des matières, des infrastructures et des capacités productives maîtrisées sur le temps long. La finance peut attribuer une valeur à ces actifs et les marchés peuvent les échanger, mais la puissance économique prend naissance dans le monde réel, là où l’on produit ce qui nourrit, loge, transporte, soigne et fait fonctionner une société.




