Depuis le printemps, nous avons publié une douzaine d’articles sur les bouleversements profonds qui traversent notre économie. Une conviction se précise au fil de nos travaux, de nos recherches et de nos échanges avec les entreprises et les acteurs économiques du Québec : nous arrivons à la fin d’une époque.

Ce constat dépasse le PIB, la dette, l’inflation ou la productivité. Quelque chose de plus profond est en train de changer. Des modèles qui semblaient solides deviennent fragiles, des certitudes disparaissent et plusieurs activités autrefois considérées comme porteuses commencent à perdre leur pertinence. Dans ce brouillard, un nouveau monde économique tente d’émerger.

Le progrès technologique devait nous libérer d’une partie du travail. Il est maintenant en voie de tenir cette promesse. Après avoir automatisé une grande partie du travail physique répétitif, l’intelligence artificielle s’attaque rapidement au travail intellectuel. Des tâches d’analyse, de rédaction, de programmation, de conception et d’administration peuvent déjà être réalisées en quelques secondes plutôt qu’en plusieurs heures. La question n’est donc plus seulement de savoir ce que nous pourrons automatiser, mais ce que nous ferons de cette capacité nouvelle.

Cette fois, le travail ne se déplace pas simplement d’un secteur vers un autre comme lors des précédentes révolutions industrielles. Il se reconfigure. Certaines activités prennent de la valeur, d’autres en perdent et plusieurs emplois, produits ou services pourraient progressivement devenir des « Zombies » : encore bien présents aujourd’hui, mais engagés dans une trajectoire de déclin.

Pendant ce temps, les tensions commerciales augmentent, les chaînes d’approvisionnement se régionalisent et les rapports de force géopolitiques se durcissent. Le Canada commence à diversifier certaines de ses relations économiques, mais notre dépendance envers les États-Unis demeure considérable. Pour les entreprises québécoises, attendre un retour durable à la stabilité devient donc une stratégie de plus en plus risquée.

Sur le terrain, nos échanges avec les PME, les grandes entreprises, les municipalités, les MRC et les acteurs du développement économique nous confortent dans une même idée : attendre n’est plus une option. Les modèles d’affaires et de développement économique conçus pour plusieurs décennies de croissance relativement prévisible doivent maintenant composer avec des contraintes énergétiques, matérielles, démographiques, géopolitiques, sociales et écologiques beaucoup plus fortes.

Ajouter de l’IA, des robots, du développement durable ou de la RSE à des modèles devenus fragiles ne suffira pas. Nous devons déterminer ce qu’il faut maintenir, adapter, développer et parfois abandonner. Nous devons aussi réduire certaines dépendances, simplifier ce qui est devenu inutilement complexe et retrouver des marges de manœuvre.

C’est là que la robustesse et la résilience prennent tout leur sens. La robustesse permet de continuer à fonctionner lorsque les conditions se détériorent. La résilience permet de se transformer lorsque le modèle existant ne peut plus tenir. Ensemble, elles offrent une autre façon de penser la stratégie dans un monde qui ne redeviendra probablement pas aussi stable qu’avant.

La cinquième révolution socioéconomique pourrait ainsi être beaucoup moins technologique qu’on l’imagine. Elle pourrait être économique, écologique et sociale, fondée non plus uniquement sur la croissance et l’accélération, mais sur notre capacité collective à durer dans les limites du monde réel.

La question que nous posons aux entreprises, aux municipalités et aux acteurs économiques que nous accompagnons est donc simple : sommes-nous prêts à revoir nos fondations pendant que nous disposons encore de marges de manœuvre, ou attendrons-nous que les événements nous obligent à le faire ?

Pour aller plus loin, nous partagerons en commentaire les autres articles de cette série.