L’historien britannique Arnold Toynbee, qui a étudié le déclin des civilisations, et l’investisseur et milliardaire américain Ray Dalio, qui étudie les cycles des empires, arrivent à une conclusion semblable. Les sociétés montent, plafonnent, puis descendent.

Comme un avion propulsé par la révolution industrielle, l’économie occidentale a pris de l’altitude pendant deux siècles grâce à une énergie abondante et bon marché. Le pic du pétrole conventionnel américain en 1970, puis les chocs pétroliers de 1973 et 1979, ont brutalement rappelé une évidence : aucun avion ne peut rester éternellement dans les airs.

Trois trajectoires s’offrent désormais au pilote. Les deux premières s’entêtent à voler toujours plus haut, plus vite et plus loin; la troisième choisit d’atterrir avant le crash.

Dans la première trajectoire, l’appareil traverse des trous d’air successifs et retrouve chaque fois un équilibre précaire à une altitude plus basse. Les passagers perdent peu à peu en confort, mais finissent par s’y habituer. C’est le syndrome de la ligne de base changeante, qui normalise la dégradation de notre environnement naturel et bâti ainsi que de notre niveau de vie. C’est la trajectoire dans laquelle nous sommes engagés.

Dans la deuxième trajectoire, l’avion affronte une tempête qu’il ne parvient pas à traverser. Il décroche et s’écrase, comme lors de la Grande Dépression des années 1930. Ce scénario devient fort probable si nous persistons dans le «Business as Usual».

La troisième trajectoire exige de changer de cap. Le pilote accepte d’aller moins loin et prépare un atterrissage contrôlé afin de protéger ses passagers. Cette trajectoire rejoint la décroissance défendue par Yves-Marie Abraham, professeur à HEC Montréal. Elle consiste à réduire volontairement et équitablement la production et la consommation afin de ramener l’économie à une échelle compatible avec les limites écologiques et les besoins humains.

Chez Coboom, nous finançons d’ailleurs la bourse Coboom Décroissance à HEC Montréal. Nous croyons toutefois peu probable que le pilote choisisse volontairement cette voie. La compagnie aérienne qui l’emploie exige qu’il vole toujours plus loin, même lorsque les réservoirs se vident. Pourtant, l’avion finira par toucher le sol. Aucun appareil ne peut voler indéfiniment, tout comme aucune économie ne peut croître sans fin dans un monde fini.

Pendant que la majorité s’acharne à maintenir ce vieil avion dans les airs, une minorité tente de réinventer le dirigeable. Moins rapide, moins complexe et moins gourmand en matières et en énergie, il est aussi plus robuste et plus équitable. Il représente l’économie post-croissance.

Coboom consacre ses efforts de R&D à la construction de ce dirigeable, notamment avec quelques municipalités et entreprises du Québec. Ces organisations sont des leaders visionnaires, puisqu’elles ont choisi d’inventer une nouvelle façon de voler plutôt que de continuer à rafistoler le vieil avion.