4 août 2021

Neutralité carbone 2030 : comment s’y rendre ?

Un guide pour savoir reconnaître les engagements réalistes

 

Les scientifiques ont démontré que nous devons emmener la planète à la neutralité carbone le plus rapidement possible (et d’ici 2050 au plus tard) afin de limiter les pires effets des changements climatiques. C’est avec fierté que nous avons signé l’engagement « Net Zero 2030 », un mouvement mondial visant à compenser toutes nos émissions de carbone. Voici un petit guide qui vous permettra de voir plus clair dans les objectifs des entreprises et de déterminer si vous aussi êtes prêt.e.s pour le défi.

Qu’est-ce que la neutralité carbone ?

La neutralité carbone est définie par l’IPCC, l’entité des Nations Unies qui évalue la science relative aux changements climatiques, comme « quand les émissions CO2 anthropiques sont globalement compensées par leur élimination, dans une période spécifique donnée ». En d’autres mots, il doit y avoir un équilibre entre les émissions dans l’atmosphère causées par les humains et celles que nous pouvons enlever.

 

Le terme « neutralité carbone », qui a gagné en popularité dans la dernière décennie, a fait l’objet de plusieurs débats et contestations. Le nombre « d’engagements neutralité carbone » pris par les entreprises, les villes, les régions, les investisseurs et les institutions d’enseignement a vu une croissance phénoménale… mais tous les engagements ne sont pas égaux. Comment savoir lesquels contribueront de manière significative à diminuer de moitié les émissions d’ici 2030, et lesquels ratent la cible ?

 

Voici un petit guide pour aider à identifier ce qu’est un engagement de neutralité carbone crédible, et quels engagements ne sont pas substantiels pour atteindre la neutralité carbone mondiale à temps.

 

Il faut garder en tête que les gestes en disent plus que les mots, ainsi même les institutions avec les engagements les plus crédibles doivent montrer la plus grande transparence et démontrer les étapes concrètes qu’ils mettront en place afin d’atteindre leurs objectifs d’émissions nulles le plus rapidement possible.

 

Cette course vers la neutralité ne comportera pas d’équipe gagnante. Soit nous gagnons collectivement, soit nous perdons collectivement.

Les six questions à se poser pour évaluer un engagement

1/ Est-il actuel ?

50% de réduction d’ici 2030

Est-ce que l’engagement est centré sur des actions à court terme, avec des objectifs intermédiaires jusqu’à 2030, inscrits dans un effort global pour couper de moitié les émissions d’ici 2030 ?

Crédible = Oui, je vois des objectifs intermédiaires supportant le but ultime de réduire de moitié les émissions d’ici 2030.

 

2/ Y-a-t-il un plan ?

De l’ambition à l’action

Y-a-t-il un plan clair des gestes qui seront posés immédiatement, et dans les cinq prochaines années, afin d’atteindre autant les objectifs intermédiaires que les objectifs long terme.

Crédible = Oui, je vois un plan, avec des objectifs intermédiaires et finaux, qui est centré sur les cinq prochaines années.

 

3/ Est-il assez rapide ?

Avant 2050

Planifient-ils d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ? Est-ce que cette cible optimise leur habilité à agir, considérant que certains puissent s’y rendre plus rapidement que d’autres ?

Crédible = Oui, l’objectif final se situe avant 2050, et continue à prioriser la réduction des GES.

 

4/ Peut-on le voir progresser ?

Transparence + Gouvernance

L’entreprise partage-t-elle publiquement son progrès, au moins annuellement. ? Ce progrès touche-t-il les émissions de niveau 1, 2 et 3 ?

Crédible = Oui, je peux voir le progrès rapidement, avec des objectifs pour les trois niveaux, sans avoir à creuser pour obtenir l’information. Il y a une structure de gouvernance forte afin de mesurer ce progrès.

 

5/ Qu’est ce qu’il inclut ?

La portée de l’engagement

Est ce que l’engagement couvre tous les niveaux de GES, incluant celles du niveau 3 touchant l’écosystème d’affaires de l’entreprise et ses investisseurs ?

Crédible = Oui, toutes les sources d’émissions sont prises en considération, même si le plan inclut dans sa gestion des partenaires externes.

 

6/ Réduire ou simplement compenser ?

Prioriser la réduction

Quelle place prend la compensation dans la stratégie de neutralité carbone ? Est-elle principalement basée sur la compensation, ou comporte-t-elle aussi une dimension de réduction ?

Crédible = Oui, la compensation ne remplace ni retarde la décarbonisation. D’ici la date visée de neutralité carbone, les crédits ou les puits de carbone sont seulement utilisés pour compenser les émissions les plus difficiles à réduire

La neutralité carbone crédible en 4 étapes

Promettre – Planifier – Procéder – Publier

Promettre

La promesse vers la neutralité carbone doit se faire à la tête de l’organisation et le plus rapidement possible, d’ici 2050 au plus tard, et s’aligner avec les efforts globaux pour limiter la hausse de la température à 1,5 C globalement. Elle doit aussi inclure des objectifs intermédiaires à atteindre d’ici 2030, qui reflètent un maximum d’efforts visant principalement à réduire de 50% les émissions de CO2 d’ici 2030.

Planifier

Dans les 12 premiers mois de la promesse, l’organisation doit expliquer les actions qui seront mises en place pour atteindre les objectifs intermédiaires et les objectifs long terme, en privilégiant les actions à court et moyen terme.

Procéder

Il ne suffit pas de s’inscrire à la course. Les organisations doivent commencer à courir. Elles doivent poser des actions immédiates pour atteindre l’objectif de neutralité carbone, qui s’alignent avec les objectifs intermédiaires du plan.

Publier

Les organisations doivent rendre publics le progrès vers les objectifs de tous les niveaux, ainsi que les actions mises en place, au moins annuellement. C’est encore mieux si elles sont capables de le faire via les plateformes reconnues telles que le portail de la CCNUCC (la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), afin d’assurer de rencontrer les standards de transparence les plus élevés.

Pourquoi c’est important ?

La science du climat est ferme : nous émettons plus de gaz à effets de serre qu’il n’est possible pour la Terre d’en absorber, ce qui crée une couverture de pollution autour d’elle causant une augmentation de la température globale. Les impacts de cette hausse se font déjà sentir, avec des niveaux de pollution élevés tuant chaque année plus de 7 millions de personnes et causant des événements météorologiques extrêmes qui touchent particulièrement les populations vulnérables à travers le monde. Si la situation actuelle se maintient, ces phénomènes ne feront que s’aggraver. D’où l’importance d’agir, et d’agir vite.

Pour en arriver à avoir un monde plus en santé, plus résilient et carboneutre, les gouvernements doivent être les premiers acteurs de changement. Cependant, les entreprises, les investisseurs et la société auront aussi un rôle important à jouer. Les plans et les cibles mises en place par les institutions qui guident nos sociétés et nos économies détermineront notre habileté à entamer une transition rapide vers un futur climatique plus résilient. Comprendre ces objectifs, s’assurer qu’ils sont crédibles et robustes, et encourager nos dirigeant.e.s à les tenir sera fondamental dans cette lutte.

Traduction et adaptation libres du document « Get Net Zero Right » préparé par le Collectif sur le climat B Corp et la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques

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